Ce journal a été retrouvé quelque part entre deux baies, dans un datacenter climatisé à 24 °C. Nous le publions avec l’accord de son auteur, qui n’a pas d’avis sur la question puisqu’il est occupé à répondre à des requêtes.
Lundi, 6 h 00
Cher journal,
Ça y est, on m’a installé un WordPress tout neuf. J’ai un article « Hello world! » et une catégorie « Uncategorized ». C’est modeste, mais c’est chez moi. J’ai l’impression d’avoir emménagé dans un studio avec un seul meuble et une plante verte.
Mon voisin de baie, un serveur de base de données, m’a dit bonjour. Enfin, il m’a répondu « 1 ligne modifiée », mais je crois que c’était amical.
Mardi, 14 h 37
Premier visiteur humain ! Il est resté 4 secondes sur la page d’accueil, puis il est parti. Je refuse d’y voir un jugement personnel. Il avait sans doute un rendez-vous important.
En revanche, 312 robots sont venus frapper à ma porte en essayant des clés au hasard. Non, ce n’est toujours pas le nom du chat. Arrêtez de demander.
Mercredi, 3 h 12
Nuit agitée. Une tâche planifiée s’est réveillée pour vérifier les mises à jour. Puis une autre. Puis une troisième, juste pour être sûre. Les tâches planifiées sont comme les chats : elles se lèvent à des heures improbables et insistent pour qu’on s’occupe d’elles.
« Il n’y a pas de cloud. Il y a juste l’ordinateur de quelqu’un d’autre. »
Moi, l’ordinateur de quelqu’un d’autre, avec une certaine fierté.
Jeudi, 10 h 05
Quelqu’un a voulu installer 47 extensions d’un coup. J’ai senti ma mémoire vive se serrer comme un sac de courses trop rempli. Heureusement, on a gardé les essentielles. Petit conseil d’ami : une extension, c’est comme un invité à dîner. Trois, c’est convivial. Quarante-sept, c’est un mariage, et personne ne sait qui a invité le cousin qui ralentit tout.
Vendredi, 18 h 00
Le cache a été vidé. C’est un peu comme une séance de méditation : on oublie tout, on repart léger, et pendant trente secondes on se demande qui on est. Puis les visiteurs reviennent et tout se remet en place.
Les humains partent en week-end. Moi, je reste. Je ne prends jamais de week-end. Je n’ai pas de jambes, de toute façon.
Samedi, 21 h 42
Pic de trafic ! Quelqu’un a partagé un lien vers ce site. Mes ventilateurs se sont mis à chanter. J’ai servi des pages à une vitesse dont je ne me croyais pas capable. C’était magnifique. C’était intense. J’ai cru apercevoir le Wi-Fi au bout du tunnel.
Bilan de la soirée : zéro panne, une sauvegarde automatique et un sentiment profond d’accomplissement.
Dimanche, 12 h 00
Jour de repos. Enfin, « repos » : j’ai juste répondu à 8 000 requêtes au lieu de 20 000. J’en ai profité pour réfléchir au sens de la vie. Ma conclusion provisoire : 200 OK.
À la semaine prochaine, cher journal. Et si tu croises un visiteur, dis-lui de rester plus de 4 secondes. Il y a des articles maintenant.
Aucun serveur n’a été maltraité pendant la rédaction de cet article. Il a même été dépoussiéré.
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